Galerie Fatiha Selam » Amy HILTON

Amy HILTON

La galerie Fatiha Selam est très heureuse de présenter la deuxième exposition personnelle, Pensées sédimentaires, de l’artiste anglaise Amy Hilton.
La conjonction des singuliers et du Tout, tel est le concept qui accompagne l’artiste le long de ses écrits universitaires ou intimes, mais aussi au fil de ses voyages et dans ses créations.
Elle pratique diverses matières et médiums pour interroger les notions de totalité et de fragment, pour tenter de décloisonner les êtres et les phénomènes, qui loin de n’exister qu’indépendamment et distinctement, trouvent, selon elle, tout leur sens dans leurs rapports, et plus encore dans leur relation à la Nature. Cette « Écologie profonde », selon les termes de l’artiste, met à l’honneur la puissance des liens et des cycles physiologiques et mythiques.
Amy Hilton aime à narrer une anecdote pour transmettre l’inspiration qui l’anime : elle évoque sa découverte, sur une plage, d’une pierre rompue en deux. Deux parties assurément distinctes, mais que cependant l’on peut imaginer réunies : deux morceaux qui s’emboîtent parfaitement. La netteté de la brisure de cette pierre n’empêche en rien de la penser comme une forme cohérente et unique.

Pierre d’eau (détail), 2017
Encre de chine sur papier
50cm x 60cm
A.Hilton

… Avec les fumées traversantes en la transparence d’un Quartz ou d’une étoile, comment esquisser le rêve ancestral de nuages pétrifiés?

Amy Hilton oriente l’eau pimentée, encrée sur la page blanche. Fascinant comme le résultat ressemble à s’y méprendre aux pierres de rêve Zen et Paesine italienne, plus largement aux pierres sédimentaires où la mer a laissé souvenir des marées immenses.

Zeuxis avait dupé les oiseaux en usant de tout son art de peintre pour imiter des fruits. Aucun délire prométhéen de construire un simulacre dans la démarche de l’artiste, une économie de moyens à en faire pâlir le plus humble des artisans et pourtant, le résultat fait coïncider art et nature, rêve, réalité.  La magie semble plus à même de dévoiler les liens secrets que la technique. L’eau ruisselante, par la main d’Amy Hilton, charrie les limons des nuages en les vallées de roches. «  La réalité est faite pour ‘fixer’ nos rêves, sorte de dialogue des rochers et des nuages, le ciel vient à imiter la terre » * écrivait Bachelard.

*Gaston Bachelard, ’La Terre et les rêveries de la volonté : Essai sur l’imagination de la matière’, 1945

 

Pierre du ciel, 2017 Pastel sur papier 30 cm x 24 cm A.Hilton

 

 

… Imaginez, le dernier stade de la décantation des miroirs advient : le tain s’est résorbé en peau de chagrin. Seul ne demeure que le cristal. Fenêtre vers le monde sur lequel l’on se mirerait. Reflet réel.

Cristal de roche, 2016
Cristal de roche trouvé
Dimensions variables
A.Hilton

Les sempiternels distinguos entre l’intérieur et l’extérieur, subjectivité et monde, nature, culture sembleraient se résoudre avec un déconcertante aisance. Un jet d’encre serait le négatif d’une constellation naissance, ainsi que notes à jouer. Le ciel nuageux serait, à la lettre, serait le motif ou l’esprit d’une pierre; seule la feuille de l’artiste s’intercalerait pour y noter l’équivalence…

Constellation, 2015
Encre sur papier
14,8 cm x 21 cm
A.Hilton

… « Rien ne change de forme comme les nuages, si ce n’est les rochers »*. Notre imaginaire semble frayer malgré lui selon les beautés du ciel et de la terre et nous omettons souvent ces mystérieuses analogies. (Peut être parce qu’elles battent en brèche nos usages et velléités de démiurge.) Les dispositifs d’Amy Hilton nous incite voir l’évidence : nous participons au grand poème cosmique, nous n’en sommes en rien distinct, le Moi n’est que ce fragment de symbole complétant le Monde. Les métaphores naturelles formulent mieux que nous, que n’importe quelle esthétique, le miracle mystérieux de l’existence.  Les miroirs-fenêtres de l’artiste nous invitent à nous y rassembler..

*Victor Hugo, L’archipel de la Manche, 1883

 

Extraits du texte de Gaëtan Bros, pour l’exposition ‘Pensées sédimentaires’, Galerie Fatiha Selam, octobre au novembre 2017

Templum, 2016
Pierre noire et charbon sur Arches
56 cm x 76 cm
A.HIlton