Galerie Fatiha Selam » André HEMER

André HEMER

A HOT MESS

Du 05 septembre au 17 octobre 2015

La Galerie Fatiha Selam est heureuse de représenter et d’accueillir la première exposition personnelle française de l’artiste néo-zélandais André Hemer, vivant à Sydney (Australie). L’événement « A Hot Mess » présente des œuvres récentes porteuses d’une réflexion sur les liens entre peinture et numérique.

La peinture, du pigment au pixel

Lorsque la vague du numérique a déferlé sur les rives de la peinture, la défiance s’est très vite installée. Face au geste authentique du peintre, confronté physiquement au support de la toile, que signifiait cette intrusion dont la seule identité n’était que fictive, dont la seule réalité n’était que virtuelle ?
Rapporté au processus de création linéaire qui laissait l’homme depuis des millénaires seul dans son face à face avec la paroi de la caverne puis avec le plan du tableau, le numérique venait bouleverser la pratique : l’ingérence d’une machine, l’ordinateur, encore porteuse de toutes les suspicions, l’utilisation possible de calques superposables, la sidérante facilité avec laquelle l’artiste du digital peut jouer, gommer, défaire, refaire, tous ces chefs d’accusation ont été soutenus pour discréditer l’idée même d’un art numérique à part entière. Aussi, la présentation par la galerie Fatiha Selam à Paris d’un jeune artiste André Hemer
 venu d’autres tropiques après avoir exposé à travers le monde, de la Nouvelle-Zélande à l’Australie, la Corée, Taiwan, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, éclaire une voie originale mise en oeuvre ici.

Toile et toile

Appartenant à une génération pour laquelle le numérique s’offre comme un espace naturel, évident, André Hemer ne pouvait qu’être séduit par les possibilités de cette création sans limites. En 2011, sa peinture Bleue Pole, fondée sur le QR faisant référence au célèbre tableau de Jackson Pollock, a remporté le Prix National d’Art Contemporain au Musée Waikato, en Nouvelle Zélande. L’implication numérique est ici flagrante dans sa destination : la lecture du QR code mise en image dans son œuvre permet de suivre le lien Internet jusqu’à la National Gallery of Australia. Son exposition « Hyper/links »(2011) à la Physics Room de Christchurch en Nouvelle Zélande développait ainsi cette stratégie d’une sorte de « peinture augmentée » directement associée à la vocation de l’ordinateur et de la Toile. Mais la démarche d’André Hemer prend désormais toute sa spécificité dans la conjugaison qu’il décline entre art numérique et peinture. De quoi s’agit-il ?

Hybridation

L’artiste, partant d’une peinture épaissie avec de la poudre de marbre (produit spécifique auquel le fournisseur attribue le nom de Lascaux !) crée des formes dont le volume renvoie à une gestuelle héritée de l’aventure mémorielle de la peinture. Puis il traduit en image numérique ces productions matérielles. Commence alors un long travail de choix, de sélection d’images, de créations de calques qui décident de l’œuvre à venir. Au terme de cette nouvelle étape qui aboutit à une impression digitale assimilable à la toile du peintre, André Hemer retrouve sa palette, la matière épaisse de sa peinture pour parachever un tableau né de cette hybridation.

Le résultat de ce protocole bénéficie alors des possibilités respectives de chaque discipline. L’image numérique, générée à partir des formes en volume nées de la main du peintre, laisse au concepteur toute liberté de création, de repentir, le tout avec une aisance à laquelle la peinture ne peut pas prétendre. Puis le geste de la main directement appliqué sur cette toile déjà chargée d’une création première restitue à l’artiste redevenu peintre sa capacité sensitive, physique, pour décider de son rythme, de sa respiration, de son toucher.

Pigments et pixels

Après le charbon de bois de l’art pariétal, les pigments dans l’huile de lin des peintres flamands, la révolution du numérique peut donc trouver une voie de dialogue avec la peinture. L’acte de peindre prend un sens nouveau. André Hemer participe avec ses propres propositions à l’avènement de cette nouvelle peinture qui, plutôt que de refuser l’avènement du numérique pour préserver l’acte de peindre, plutôt que d’abandonner cette aventure millénaire au bénéfice d’un art digital, décide qu’une voie nouvelle est possible.
Le résultat de ce travail visible aujourd’hui à la galerie Fatiha Selam perturbe la perception. Entre la matière épaisse du tableau, travaillée sur l’image numérique, reproduite sur la toile et l’ultime apport du peintre sur ce tirage, le discernement /des plans, des volumes, des matières semble échapper au spectateur. Si bien que la description même de l’objet observé s’en trouve bousculée. Dans ce jeu de pigments et de pixels, la peinture n’en finit pas de chercher sa propre définition. André Hemer en résidence en France pour quelques mois repartira ensuite pour d’autres expériences à travers le monde. L’exposition de la galerie Fatiha Selam offre l’unique possibilité de découvrir les créations originales qu’il vient de réaliser à Paris dans cette recherche novatrice à la confluence de la peinture et du numérique.

Claude Guibert

Né en 1981, André Hemer est un peintre néo-zélandais vivant à Sydney dont l’œuvre explore les liens entre médias numériques et peinture, ouvrant ainsi une nouvelle voie à ce médium classique dont les discours modernes ont souvent proclamé la disparition. Ce faisant, il met également en avant la valeur des images digitales, les sauvant de leur noyade programmée dans la masse du numérique.


Ainsi, André Hemer ramène la peinture à sa nature la plus simple en rappelant son statut d’enregistrement visuel d’une période, d’un contexte, d’une culture. Il utilise le numérique à la fois comme un outil pour effectuer ce travail, mais aussi comme un objet- témoin de cette culture elle- même. L’artiste opère donc un mariage entre la peinture, dont il réactualise la pratique, et le médium digital, qu’il élève au rang d’œuvre d’art, fusionnant deux univers qui s’élèvent habituellement l’un contre l’autre pour au contraire les mettre chacun en valeur.

Titulaire d’un MA (maîtrise) du Royal College of Arts de Londres et d’un PhD (doctorat) en peinture du Sydney College of the Arts (Université de Sydney), André Hemer a été récemment distingué par The Guardian qui l’a nommé parmi ses dix artistes favoris dont la carrière sera à suivre. Il a également fait la couverture de l’ouvrage de Kurt Beers 100 painters of tomorrow aux éditions Thames and Hudson (2014) qui présente les peintres les plus prometteurs d’une trentaine de pays. En janvier 2016, la revue Art Collectors lui a également consacré plusieurs pages dans un dossier sur les actualités de 2016 à ne pas manquer.

Représenté par la Chalk Horse Gallery (Sydney) en Australie et par les galeries Gow Langford (Auckland) et Bartely and Company (Wellington) en Nouvelle-Zélande, l’artiste a également une visibilité internationale (Corée, Royaume-Uni, Chine, Japon, Allemagne, Taïwan, Italie…). « A Hot Mess » à la Galerie Fatiha Selam est sa première exposition française. Cet événement a pris place au sein d’une actualité chargée puisque l’artiste a participé à pas moins de six expositions durant l’automne 2015, avec notamment des expositions à la Galerie Kristin Hjellegjerde à Londres et à la Villa Lena en Toscane et une rétrospective de ses œuvres depuis 2005 organisée au Pataka Museum en Nouvelle-Zélande. André Hemer participera également à l’édition 2016 d’Art Basel Hong Kong.