Galerie Fatiha Selam » JJ Lincoln (John Hodgkinson)

JJ Lincoln (John Hodgkinson)

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Article sur l’exposition dans AMA

La galerie fatiha selam a le plaisir d’annoncer la toute première exposition personnelle de l’artiste anglais John Hodgkinson consacrée à ses œuvres récentes.

John Hodgkinson présente ici une série composée de cinq tableaux blancs et de cinq tableaux aux tons bleus, réalisés sur des plaques de plâtre de même dimension. Les tableaux blancs sont eux-mêmes enduits de plâtre. Chaque tableau bleu est un tableau blanc qui a été poncé puis frotté . La mine de plomb et au crayon de couleur. La série est inspirée de ces vitrines hâtivement peintes au blanc d’Espagne. Les ouvriers qui recouvrent une vitrine selon ce procédé cherchent à rendre le verre opaque pour signaler au passant que temporairement, il n’y a rien à voir. Leur geste doit être fluide, il doit couvrir la surface au plus vite. Le travail bien fait, ce sera d’avoir une vitrine bien opaque et de n’avoir pas perdu trop de temps. L’enjeu n’est pas ici, pour le peintre, de désapprendre, de retrouver la grâce et la maladresse du geste enfantin, du geste sans technique. Il s’agit au contraire d’apprendre à maîtriser la technique rapide et rythmée, sans retouche, du travailleur qui fait l’économie de tout mouvement superflu. Cette maîtrise nécessite un certain degré d’abstraction mentale.

Pour recréer l’opacité poudrée, imparfaite, du blanc d’Espagne sur le verre, et pour rester proche des matériaux utilisés sur un chantier, John Hodgkinson utilise le plâtre. Même : il peint au plâtre sur le plâtre, il imprègne le support avec la surface, et la surface en est augmentée du même coup. La rigidité des plaques de plâtre qui forment la surface de l’oeuvre, et leur utilisation courante dans la finition des murs et plafonds intérieurs des bâtiments, souligne la parent. de ces tableaux avec la technique de la fresque et semble annoncer la réalisation d’oeuvres plus grandes, à venir. Les tableaux blancs ont quelque chose du nuage, de l’aube (alba), les bleus ressemblent au soir, au ciel qui s’obscurcit. La forme rectangulaire de certains tableaux blancs est soulignée par une trame plus ou moins espacée de lignes droites, qui semble indiquer un ordre structurel primordial qui précède et annonce le foisonnement des hachures bleues. A travers la vitre, il n’y a rien à voir; il reste, pour s’en consoler, le geste un peu dansant d’un travailleur, réalisé à la hâte entre deux tâches plus pénibles (et peut-être avec une sorte de plaisir). Ce geste est sans colère, sans expression, neutre au sens où l’emploie Roland Barthes : suspendu, intenable, harmonisant sans cesse «le maximum d’intensité intérieure»* et le minimum d’effets extérieurs.

*Roland Barthes, Le neutre, Ed. Du Seuil, p.249

Exposition personnelle Galerie Fatiha Selam – Paris