Galerie Fatiha Selam » Sophia DIXON DILLO

Sophia DIXON DILLO

LIGHT AND FORM

Jusqu’au 20 février 2016

 

 

 

Accéder au communiqué de presse

La galerie Fatiha Selam est heureuse d’accueillir la première exposition personnelle française de l’artiste américaine Sophia Dixon Dillo, vivant dans le Colorado. L’évènement « Light and Form » présente la recherche la plus actuelle de l’artiste : rendre visible la lumière. L’exposition présente à la fois des installations de fils de pêche, voiles tendus constitués de fils extrêmement ténus, et des œuvres de papiers dont les reliefs ciselés laissent apparaitre des motifs selon la dynamique du regard du spectateur.

 

Sophia Dixon Dillo : les chemins de la lumière
C’est une interrogation sans fin remontant aux temps les plus anciens qui tente de cerner la nature de ce phénomène indéfinissable : la lumière. De Platon envisageant des rayons partant de l’œil et interceptés par l’objet jusqu’à la théorie ondulatoire de Christian Huygens puis celle d’Isaac Newton pour qui les faisceaux lumineux sont une succession de grains de lumière, chaque nouvelle hypothèse a eu pour ambition de capter cette réalité insaisissable.
Peut-on attendre des artistes une approche plus significative pour chacun de nous ? De Georges de la Tour aux impressionnistes puis aux cinétiques l’art a tenté de formuler ses propres réponses. Aujourd’hui une jeune artiste américaine Sophia Dixon Dillo met en œuvre à la galerie Fatiha Selam à Paris sa vision personnelle sur cette énigme physique porteuse d’une telle charge historique et culturelle. Et son questionnement s’exprime par des propositions qui relient l’espace de la galerie au plan du papier dans une même révélation.

Light installation
Fidèle à sa démarche déjà bien élaborée, Sophia Dixon Dillo investit la galerie Fatiha en tissant sa toile dans le volume qui lui est offert. Avec pour unique matériau un fil de pêche extrêmement ténu, l’artiste trace un vecteur de plusieurs dizaines de kilomètres entre les murs de la galerie pour déployer dans notre champ de vision ces voiles fragiles qui resteraient presque invisibles sans le croisement des éclairages naturels ou artificiels qui révèlent à nos yeux l’onde impalpable de sa présence. L’artiste cinétique Jésus Rafael Soto revendiquait l’immatériel comme élément décisif de son œuvre. Nous y sommes de nouveau confrontés avec ces installations de Sophia Dixon Dillo, obligeant notre perception à composer entre la réalité physique de cette tension linéaire et l’immatérielle sensation générée par ce voile. S’y ajoute, à la différence de Soto me semble-t-il, un autre paramètre : la réalisation elle-même de cette production s’apparente à une performance. Dans la galerie, l’artiste, en développant ce fil conducteur, s’astreint à un cheminement de trente-cinq kilomètres, réalisant une performance qui, si elle ne dit pas son nom, mérite d’être prise en compte. Au point de s’interroger sur ce qui relèverait du rituel dans cette attitude. Et c’est la seconde face de son travail qui conforte cette interrogation.

Un chemin d’attention
Sophia Dixon Dillo, avec la patiente minutie des créateurs des enluminures médiévales, écorche avec une lame fine le papier à dessin, dans un rituel incessant, parcourant ainsi à nouveau ce chemin ondulatoire. Chaque planche réalisée offre à la lumière une nouvelle accroche, une sensation inédite pour le regardeur impliqué dans l’examen attentif de cette miniature. Cette fois encore, la trajectoire semble illimitée, matérialisée par ces traces sans cesse renouvelées, comme si l’artiste s’imposait une épreuve dédiée à la lumière. D’une œuvre à la suivante, ce fil sans fin ciselé sur le plan, ce sillon creusé à même le support, cette blessure continue infligée au papier, comment ne pas y voir une intention de parcours initiatique? Si bien que le déroulé du fil tissé dans la galerie et le sillon incrusté sur le papier se confortent dans cette épreuve physique qui laisse entrevoir une vocation spirituelle.

Calme et repos
Le ciel des Rocheuses de Cresto, son lieu de vie dans ces montagnes sacrées du Colorado, aurait-il donné à Sophia Dixon Dillo les clefs de cette interrogation sur la lumière ? Cette zone de Crestone s’identifie comme un centre spirituel où plusieurs religions mondiales sont représentées : un temple hindou, un centre Zen, un monastère d’étudiantes Carmélite, plusieurs centres tibétains notamment.

Sophia Dixon Dillo vit avec son mari au Crestone Montagne Zen Center. Dans le Dharma, la loi universelle du bouddhisme, la nature de bouddha, la nature fondamentale de l’esprit est dite « claire lumière » et a pour objectif la clarté et la lucidité. En grandissant en Californie où elle est née, Sophia Dixon Dillo a vécu dans « la maison calme« . Son père, artiste et bouddhiste lui-même, ne lui a pas beaucoup parlé de sa pratique « mais il a informé ma vision du monde et j’ai grandi dans cette atmosphère  » rapporte-t-elle.
Cette grille de lecture permet de saisir dans le travail de Sophia Dixon Dillo les données constitutives de sa démarche. Le travail de lumière mis en œuvre par l’artiste passe par ce processus qui, de la performance du voile tendu jusqu’au cheminement sans fin du cutter sur le papier à dessin, se révèle comme une épreuve destinée à la méditation, au don de soi, de son temps pour approcher la lumière tout au long de cette quête de spiritualité.

Claude Guibert

Sophia Dixon Dillo a fait de la lumière le médium central de son travail. Née en 1977, elle a grandi en observant son père, l’artiste Willard Dixon, peindre dans son atelier. Très marquée par le pouvoir des œuvres de Mark Rothko, elle a d’abord exploré la peinture abstraite, avant de s’en éloigner après un exercice d’étude où elle a lié pour la première fois sculpture, peinture et lumière, dans une recherche déterminante pour la suite de son travail.
L’artiste est particulièrement intriguée par la nature à la fois visible et invisible de la lumière – toujours présente, mais pas toujours vue. Dans tous ses travaux, son intérêt se porte sur la contradiction essentielle entre la matérialité de l’objet d’art et l’immatérialité de la lumière.

 
 « Light & Form » présente cette réflexion. L’installation de fils de pêche à grande échelle, marquante et ambitieuse, déploie trente-cinq kilomètres de fils de nylon sur la surface de la galerie. Forming Light XII évoque à la fois un havre de paix, un nouveau dessin de l’espace existant et des sculptures de lumière dont la réalité dépend de l’éclairage qui les met en valeur. Les enjeux de cette installation se prolongent avec des œuvres de papier ciselé, dont la subtilité des motifs en relief joue également avec la lumière, la façon dont elle s’y accroche ou y glisse. Leur caractère « all-over » crée une dynamique avec la perception du spectateur, mettant en dialogue le détail et le tout.

 
Titulaire d’un BA (licence) en philosophie et d’un Master of Fine Arts de l’Université de l’Etat du Colorado, Sophia Dixon Dillo a également étudié à l’Ecole des Arts de Lacoste en France. Elle a exposé dans tout l’Ouest des Etats-Unis, notamment au Fort Collins Museum of Contemporary Art et au Boulder Museum of Contemporary Art. A l’automne 2015, elle a signé pour Calvin Klein une large installation de fil de cuivre pour le magasin de Madison Avenue à New York.
L’artiste a également récemment exposé à l’Arvada Center for the Arts in Colorado, et à la Galerie Lora Schlesinger à Los Angeles où son exposition personnelle « Emergence »  a été remarquée par ArtWeek et par l’important collectionneur californien Doug Simay en tant que ‘’Best Pick’’