Galerie Fatiha Selam » Stephen SCHULTZ

Stephen SCHULTZ

Stephen SCHULTZ
« Triple entendre »

Vernissage : samedi 3 septembre 16h à 20h
Exposition : 3 septembre – 23 octobre 2016

La galerie Fatiha Selam est très heureuse de présenter la quatrième exposition personnelle de l’artiste américain Stephen Schultz. C’est en 1976 à l’université de Stanford que Schultz accrocha aux murs de son studio trois petits dessins, tous d’acrylique, de pastel gras et de peinture. Ces trois oeuvres, d’environ 30 centimètres sur 30 chacune, étaient les représentations directes de « choses » qui l’entouraient, mais aussi une déclaration sereine quant à leurs ligne, forme et figure abstraites.
Je fus immédiatement stupéfié par la nature essentielle de l’utilisation que faisait Schultz des techniques mixtes, et alors, tandis que je me les remémore, je fus attiré vers les murs de son studio par la complexité de ces petites images compactes. J’avais besoin de m’en rapprocher pour comprendre « ce » qu’elles représentaient, pourquoi elles existaient, et comment elles m’affectaient.

Elles étaient simplement d’ordinaires chaises ; mais il était un peintre extraordinaire.
Ce moment passé à contempler les « objets » de Stephen il y a près de quarante ans est toujours avec moi aujourd’hui. Il me défie encore, me trouble toujours. Cela s’assimile à une familiarité, une intimité avec l’étrange et l’obscur.
Comme tout authentique artiste visuel, Stephen a toujours été vulnérable à la nature duale du réel et de l’imaginé.
Ses récents travaux, à certains égards aux « chaises » de ses débuts, apportent la preuve d’une réelle connexion entre intuition et formalisme. Les deux requièrent de la concentration ; les deux nécessitent un choix.
La récente histoire de l’art, depuis 1950, nous a montré des peintures pleines de cette quête d’un mariage entre représentation et non-objectivité : Brice Marden, Willem de Kooning, Sol LeWitt, Al Held, Rosenquist et Rauschenberg, et même la gouache et les collages au crayon de Matisse. D’autres oeuvres d’art pourraient être à la source des idées de Schultz dans un univers de choses visibles et invisibles ; pourtant, Stephen est bien plus apocalyptique.
C’est donc la suggestion évocatrice et la structure factuelle, conduites à s’entremêler simultanément. Les surfaces noires et blanches de Schultz donnent à voir de fines marques linéaires, des « inventions » flottantes et submergées, non voulues
et parfois surprenantes. Mais toujours avec un objectif. Il était probablement inévitable que l’idée esthétique de réduction géométrique portée par Cézanne nous conduise à l’art « abstrait » de Stephen, où l’identifiable – objet ou sujet – qu’il s’agisse d’un silhouette, d’un paysage, ou d’une nature morte – ne « compose » plus le plan pictural narratif. En vérité, il y a plus d’un siècle, très peu d’artistes « réalistes » s’aventuraient hors des confins de l’espace des perspectives ; et les écrivains de la théorie critique de l’art rapportent une adhésion peu enthousiaste des peintres aux « dérangements » archétypes et optiques !

Pourtant, le souvenir des formes réelles trace le monde viscéral de Stephen ; toute recherche d’efficacité de la couleur vient de l’oeil de l’artiste. Tout est acte délibéré. Et choix fébriles de l’inconscient, également. En répétant les « chaises » de sa jeune imagination, ces oeuvres nouvelles construisent un espace ouvert, vidé, prêt à être empli et peuplé par ce lien avec un autre spectateur. Un autre récit.

C’est un musicien de jazz qui l’a le mieux formulé, en écrivant sur la « vision » artistique, et la sienne propre, ces principes d’improvisation où la Chance est toujours présente :

”…conscient d’un effort, d’une aspiration, les nombreuses tentatives impossibles tendant vers une sorte de transmutation – la recherche d’une formule pour conjurer par magie l’inconnu. Bien des fois, le but semble à portée de main, pour voler en éclat alors que je tente de l’atteindre … très proche des alchimistes des temps anciens ; et, comme eux, j’ai enfin atteint une sorte d’illumination dans la prise de conscience du fait que mon travail implique une sorte d’auto-implication symbolique dans les processus mêmes de la vie » (Alan Davie, 1958).

Voilà une extraordinaire déclaration d’intention … simple, puissante, svelte, pleine, dangereuse, réticente, nécessaire, honnête – tout cela à la fois … c’est aussi l’impétuosité de Schultz.

C’est le monde de l’éruption et de l’équipe.
Est-ce une image abstraite, ou un objet, ni figuratif ni abstrait, qui se suffit à lui-même ?
Est-ce un événement, plutôt qu’une image ?
Est-ce une surface écrite, inscrite ou marquée ?
Est-il plus facile de l’éditer, de l’effacer que d’y répondre ?
Est-ce un poème ?

Stephen Schultz y est maintenant assis sereinement, quelque part à Paris, re-configurant, discernant, éliminant, griffonnant, délimitant.

C’est ce que l’on appelait autrefois solennellement « devenir abstrait … »Les artistes eux-mêmes commencèrent à démolir les catégories, réduisant la frontière entre figuration et abstraction. Et c’est cela même qui est maintenant le sujet le plus nouveau. Tout examen historique des travaux rassemblés de Schultz nous ramène aux origines communes de la pensée magique, des rituels, et même du mystique. Nous nous demandons quelle sorte de communication l’art pourrait effectivement délivrer. Car, sérieusement, véritablement, il doit délivrer, d’une façon ou d’une autre, un jour ou l’autre. Il doit rester à flot ! Bateaux malmenés par une Mer profonde. Nous continuons à dire les mêmes choses ; là est le fort nécessaire « Twice Told Tale »:

Degas « se plaignait » auprès du poète Stéphane Mallarmé de ce que, bien qu’il ait une multitude d’idées quant aux vers qu’il voulait écrire, il les trouvait bien difficiles à produire.
Mallarmé lui répondit : « Mais, Degas, ce n’est point avec des idées que l’on fait des vers … C’est avec des mots ». Degas répétait cette histoire avec un plaisir manifeste, friand de l’idée que, de façon similaire, les peintures sont faites de « choses » plus rudimentaires que de sujets célèbres ou de styles recherchés. Et, par dessus le marché, une génération, plus jeune et plus sauvage que Degas, le suivit dans cette « trajectoire abstraite », citée avec une fermeté mémorable, disant : « Se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ».
Enfin, et surtout, dans cette avancée, Stephen Schultz demeure un artiste visuel perplexe, sûr et tenace qui demeure éveillé et attentif à la vitalité d’une image.

Richard Shaffer
Felton, Californie

 Stephen Schultz est né à Chicago, en 1946. Stephen Schultz est diplômé en arts visuels de Stanford en 1974, après l’achèvement des travaux de premier cycle à la Rhode Island School of Design et le San Francisco Art Institute.
Schultz a été le récipiendaire de nombreux prix, notamment: une bourse de la Fondation Tiffany, la Fondation Fulbright Fellowship et une subvention WESTAF / AEN. Il a eu des expositions solo à Chicago, New York, Los Angeles, Boise, Scottsdale / Tucson, Paris Gibson Museum à Great Falls, le Civic Center Spokane, le Salt Lake Art Center, le Musée d’Art et de la Culture à Spokane, North Idaho College et la Fondation Verena à Hydra, Grèce. Schultz a enseigné la peinture et le dessin à Stanford, l’Université de l’Iowa, de l’Université de Washington, l’American Academy à Rome, et l’Université des Beaux-Arts de Belgrade, Yougoslavie. Il vit et travaille actuellement à North Idaho.